Article — Droit de la famille

Divorce et crédit immobilier en cours : que se passe-t-il pour votre emprunt commun ?

11 minutes de lecture · Par Maître Véronique CHHUA ·

Vous vous séparez et vous avez un crédit immobilier en cours — souscrit ensemble, pour la résidence principale ou pour un investissement locatif. La première chose que tout le monde comprend trop tard : votre divorce ne change rien à votre engagement vis-à-vis de la banque. Vous restez solidaires du prêt jusqu'à son remboursement complet, que le divorce soit prononcé ou non.

Cet article, rédigé par Maître Véronique CHHUA, avocate au Barreau de Toulouse, explique ce que vous pouvez faire concrètement selon votre situation — garder le bien, le vendre, ou racheter la part de l'autre — et comment articuler la procédure familiale avec les contraintes bancaires.

1. Ce que le divorce ne change pas : la solidarité vis-à-vis de la banque

⚠️ Point critique : votre accord avec votre ex-conjoint sur qui rembourse le crédit ne vous libère pas de votre engagement envers la banque. Si l'autre ne paie plus, vous restez visé par les poursuites.

Quand deux personnes signent ensemble un crédit immobilier, elles deviennent co-emprunteurs solidaires. Cela signifie que chacun est responsable de la totalité de la dette — pas seulement de sa moitié. La banque peut se retourner contre l'un ou l'autre pour obtenir le remboursement intégral, sans avoir à choisir.

Le divorce, la séparation de corps, la convention homologuée devant notaire : aucun de ces actes ne met fin à cette solidarité. Seule la banque peut vous libérer de votre engagement — et seulement si elle y consent. Tant qu'elle ne l'a pas fait, vous restez responsable des mensualités même si vous n'habitez plus dans le logement et même si vous avez convenu avec votre ex-conjoint que c'est lui qui rembourse.

Ce point est crucial : si votre ex-conjoint cesse de payer, la banque peut vous poursuivre directement. Ce n'est pas parce que vous avez signé une convention de divorce stipulant qu'il prend le crédit en charge que vous êtes libéré. La convention vous protège vis-à-vis de votre ex-conjoint, pas vis-à-vis de la banque.

2. Les trois options concrètes

Face à un crédit immobilier commun lors d'un divorce, trois scénarios sont possibles. Le choix dépend de votre situation financière, de la présence d'enfants, de la valeur du bien et de l'accord ou du désaccord entre vous.

Option 1 — Vendre le bien et solder le crédit

C'est la solution la plus simple juridiquement. Le bien est vendu, le crédit est soldé avec le produit de la vente, et le reliquat (s'il y en a un) est partagé selon les règles de votre régime matrimonial. Si le produit de la vente ne suffit pas à solder le crédit, vous restez tous les deux redevables du solde — solidairement.

La difficulté pratique : pour vendre un bien en indivision, vous devez tous les deux être d'accord. Si l'un refuse, il faut saisir le tribunal pour autoriser la vente judiciaire.

Option 2 — L'un rachète la part de l'autre (rachat de soulte)

L'un des deux conserve le bien, rachète la quote-part de l'autre, et reprend le crédit à son seul nom. Pour que cela fonctionne, deux conditions doivent être réunies : la banque doit accepter de le libérer et de reprofiler le crédit au nom d'un seul emprunteur, et celui qui reprend le crédit doit avoir une capacité de remboursement suffisante seul.

Le rachat de soulte implique de calculer la valeur du bien au moment de la séparation, de déduire le capital restant dû, et de verser à l'autre la moitié du solde. Ce calcul peut faire l'objet d'un désaccord sur la valeur du bien — une expertise est alors possible.

Option 3 — Conserver le bien ensemble temporairement

Dans certains cas — notamment quand des enfants sont scolarisés et que l'un des parents veut rester dans le logement familial — il est possible de rester en indivision après le divorce pendant une période transitoire. Le bien reste commun, le crédit continue d'être remboursé à deux (ou par l'un avec compensation), jusqu'à ce qu'une solution plus définitive soit trouvée.

Cette option nécessite une convention d'indivision claire sur qui paie quoi, qui habite le bien et sous quelles conditions de sortie.

3. La désolidarisation : comment se faire libérer par la banque

La désolidarisation est la procédure par laquelle la banque accepte de libérer un co-emprunteur de son engagement. Elle est indispensable dans le scénario du rachat de soulte : sans elle, vous restez engagé même si votre ex-conjoint reprend le crédit.

La banque n'est pas obligée d'accepter. Elle va vérifier que l'emprunteur restant a les revenus et le patrimoine suffisants pour assumer seul les mensualités restantes. Si ce n'est pas le cas, elle peut refuser ou exiger des garanties supplémentaires.

Comment procéder concrètement

  • Adresser une demande formelle à la banque, accompagnée des justificatifs de revenus de l'emprunteur restant.
  • Présenter l'accord de partage (convention de divorce homologuée ou acte notarié de partage) qui formalise le rachat de soulte.
  • Négocier si nécessaire — la banque peut accepter sous conditions de garanties complémentaires ou de modification des conditions du prêt.

Si la banque refuse la désolidarisation, la vente du bien est souvent l'unique issue pour que chacun puisse repartir sur des bases saines.

4. Ce que votre régime matrimonial change au partage

Le régime matrimonial détermine comment le bien et le crédit sont partagés lors du divorce — mais pas l'obligation de remboursement vis-à-vis de la banque, qui reste solidaire dans tous les cas.

Régime de communauté (sans contrat de mariage)

C'est le régime par défaut pour la plupart des couples mariés. Le bien acquis pendant le mariage avec des fonds communs est un bien commun. Au divorce, il entre dans la masse à partager. Le crédit souscrit pendant le mariage est aussi une dette commune.

Si l'un des époux a financé le bien en partie avec des fonds propres (héritage, donation, biens antérieurs au mariage), il peut avoir droit à une créance de récompense sur la communauté lors de la liquidation — mais cela nécessite d'en avoir gardé la trace.

Séparation de biens

Chaque époux est propriétaire de ce qu'il a acheté. Si le bien a été acquis en commun (co-achat), chacun est propriétaire à hauteur de sa contribution réelle — qui n'est pas nécessairement 50/50. Au divorce, chacun récupère sa quote-part ou rachète celle de l'autre.

PACS ou union libre

Sans mariage, il n'y a pas de liquidation de régime matrimonial. Si le bien a été acquis ensemble, c'est l'indivision qui s'applique — chacun est propriétaire de sa quote-part telle qu'elle figure dans l'acte notarié. La sortie de l'indivision suit les mêmes règles : vente, rachat de soulte, ou maintien en indivision.

5. Comment articuler la procédure de divorce et les démarches bancaires

La procédure de divorce et la sortie du crédit commun sont deux processus distincts qui doivent être coordonnés — pas menés séparément.

Dans un divorce par consentement mutuel, la convention de partage rédigée par le notaire peut inclure les modalités de traitement du crédit : qui rachète la soulte, à quelle valeur, dans quel délai, et sous quelle condition de désolidarisation. Cette convention s'impose aux deux parties mais ne lie pas la banque — les démarches bancaires doivent être engagées en parallèle.

Dans un divorce contentieux, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Toulouse peut ordonner la vente du bien ou l'attribution de la jouissance à l'un des époux en attendant la liquidation définitive. Mais il ne peut pas forcer la banque à désolidariser un co-emprunteur.

Les points de vigilance à Toulouse

  • Le logement familial : l'un des époux peut demander la jouissance exclusive du logement familial pendant la procédure de divorce, même s'ils sont tous deux propriétaires et co-emprunteurs. La jouissance ne règle pas la question du crédit.
  • Les enfants et la résidence : si les enfants restent dans le logement avec un parent, cela peut peser sur les décisions de vente ou d'attribution — mais ça ne suspend pas les obligations vis-à-vis de la banque.
  • La valeur du bien : entre la séparation et la liquidation définitive, la valeur du bien peut évoluer. La date de valorisation retenue pour le calcul de la soulte fait souvent l'objet de discussions — voire d'expertise judiciaire si les parties ne s'accordent pas.

Questions fréquentes

Mon ex-conjoint ne paie plus les mensualités du crédit. Que se passe-t-il pour moi ?

La banque peut vous poursuivre directement pour le remboursement des mensualités impayées, même si vous n'habitez plus dans le logement. La solidarité entre co-emprunteurs ne prend pas fin avec le divorce. Vous pouvez ensuite vous retourner contre votre ex-conjoint pour récupérer ce que vous avez payé à sa place — mais ça suppose une procédure supplémentaire. La solution pérenne est soit la vente du bien, soit la désolidarisation par la banque.

La banque peut-elle refuser de me désolidariser du crédit ?

Oui. La banque n'a aucune obligation légale d'accepter la désolidarisation. Elle va évaluer si l'emprunteur restant a les revenus suffisants pour assumer seul le crédit. Si ce n'est pas le cas, elle peut refuser ou poser des conditions. En cas de refus, la vente du bien reste souvent la seule issue pour se libérer définitivement de l'engagement.

Comment est calculée la soulte lors d'un rachat de la part de mon conjoint ?

La soulte correspond à la moitié de la valeur nette du bien — c'est-à-dire la valeur du bien au moment du partage, déduction faite du capital restant dû sur le crédit. Si le bien vaut 300 000 € et que le capital restant est de 100 000 €, la valeur nette est de 200 000 €, et la soulte est de 100 000 €. Si les parties ne s'accordent pas sur la valeur du bien, une expertise peut être demandée — soit d'un commun accord, soit par le juge.

Peut-on vendre le bien si mon ex-conjoint refuse ?

En cas de désaccord, le juge du tribunal judiciaire de Toulouse peut autoriser la vente judiciaire du bien indivis, dans le cadre d'une procédure en partage. Cette procédure prend plusieurs mois — les conditions de vente ne sont pas toujours optimales comparées à une vente amiable. La meilleure solution reste d'anticiper en inscrivant les modalités de sortie dans la convention de divorce, avant que les positions se figent.

Notre divorce prévoit que c'est mon ex qui rembourse le crédit. Est-ce suffisant ?

Non. La convention de divorce vous protège vis-à-vis de votre ex-conjoint — si le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Toulouse l'a homologuée, vous pourrez vous retourner contre lui s'il ne paie pas. Mais cette convention ne lie pas la banque. Si votre ex-conjoint cesse de payer, la banque peut toujours vous poursuivre directement. La seule protection efficace vis-à-vis de la banque reste la désolidarisation formelle.

Divorce avec un crédit immobilier en cours ?

Procédure familiale et contraintes bancaires doivent être traitées ensemble. Une consultation permet de clarifier rapidement vos options — vente, rachat de soulte ou maintien en indivision — et de coordonner les démarches.

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